Hersbruck, dix kilomètres à l’est de Nuremberg, était après Leitmeritz (Litomerice) le deuxième plus grand camp extérieur du camp de concentration de Flossenbürg. Il se distinguait fondamentalement des autres camps de concentration extérieurs du nord de la Bavière par sa taille et le grand nombre de victimes1. A partir de 1944, des détenus du camp de concentration durent creuser un système de galeries dans la montagne au-dessus de Happurg, une petite localité non loin de Hersbruck, afin d’y produire sous terre, à l’abri des attaques aériennes des alliés, des moteurs d’avions de la firme BMW. Le projet entrait dans la tentative de la direction allemande de la guerre de construire des avions de chasse pour lutter contre les bombardiers alliés. A cet effet, on créa spécialement un « état-major de chasseurs », qui, en collaboration avec divers ministères, devait organiser rapidement et efficacement la construction d’avions. Comme dans bien d’autres lieux, la SS se servait en grand nombre des détenus de camps de concentration – pour Happurg ils venaient du camp de concentration de Flossenbürg. Néanmoins on ne produisit plus rien dans les galeries seulement en partie terminées. D’abord, il y eut des camps pour les détenus en mai et juin 1944 à Happurg même, à partir de fin juillet 1944 les détenus des camps furent logés dans un nouveau camp extérieur à Hersbruck.

Le 17 mai 1944 arrivèrent en camions 147 détenus du camp de concentration de Flossenbürg à Happurg ; ils furent logés dans la salle de l’auberge Schwarzer Adler2. Jusqu’à la fin mai, les détenus de Happurg durent construire un camp provisoire dans une grange près du moulin Haberstumpf3. Finalement la SS y hébergea entre 500 et 700 détenus en juillet 1944. Les conditions de vie des détenus étaient très mauvaises. Ainsi dans des témoignages postérieurs est-il question de cris nocturnes, de tortures, de décès, et d’exécutions. Il dut y avoir entre dix et 15 décès à Happurg4. Et au moins une tentative de fuite réussie est mentionnée dans les livres de matricules de Flossenbürg.

En plus des détenus de camp de concentration, des travailleurs du travail forcé et des prisonniers venant d’unités de la SS et de la police, ainsi que des travailleurs civils participaient à la construction des galeries et des infrastructures qui en découlaient. Toute la localité de Happurg se transformait massivement en raison du projet de transfert : Des travailleurs civils, des travailleurs étrangers, des travailleurs du service obligatoire, des hommes de la SS, des secrétaires, des ingénieurs et des mineurs devaient être hébergés dans le village tout comme il fallait trouver de la place pour des bureaux pour l’organisation du projet de construction. C’est donc ainsi que pratiquement tous les habitants du lieu entèrent en contact directement ou indirectement avec des participants au projet de construction. Des relations naquirent, il y eut même des mariages. Le projet de construction à flanc de montagne au-dessus de la localité avec des tramways, un dépôt pour le matériel, des funiculaires et des milliers d’hommes dans les galeries, tout cela modifia toute la vallée. Les habitants de Happurg (et plus tard ceux de Hersbruck) pouvaient voir chaque jour les détenus marcher pour aller au travail et revenir au camp.

Le premier hébergement des détenus du camp de concentration, l’auberge Schwarzer Adler, servit après le transfert des détenus dans la grange Haberstumpf de camp de travail obligatoire. Sans doute à partir du 26 juillet 1944 les détenus du camp de concentrationn’étaient plus emprisonnés à Happurg, mais dans le camp de concentration extérieur nouvellement construit à Hersbruck5. Le moulin Haberstumpf servit ensuite de premier cantonnement pour les prisonniers de la SS et de la police, qui durent se construire leur propre camp pénitentiaire avec des baraquements en pierre entre Happurg et Förrenbach, une localité proche de Happurg.

La SS fit construire le camp de concentration extérieur de Hersbruck à côté de la caserne du service national de travail obligatoire, qui deviendra la perception de la ville de Hersbruck6. On pouvait voir les tours du camp depuis la piscine en plein air locale, le bain tourbillon. D’après le souvenir du pasteur Hans – Friedrich Lenz, qui en tant que membre de l’armée de l’air fut détaché à la SS pour la surveillance du camp, le camp se composait de « 15 hébergements surpeuplés et des 4 baraquements archipleins de l’infirmerie et du bloc de quarantaine 7» Il y avait en plus un bureau, des bâtiments de cuisine, des latrines, une pièce où l’on déposait les cadavres et la place d’appel. Une photo aérienne de 1945 montre quelques baraquements supplémentaires8.

A la mi-août 1944 il y avait environ 1900 détenus dans le camp de concentration extérieur de Hersbruck, le coeur du complexe et du projet de construction Dogger. Le nombre de détenus dans les rapports de forces continua à monter durant les 8 mois d’existence du camp de concentration extérieur de Hersbruck. Le 28 décembre 1944, la main d’oeuvre comportait 2754 détenus9, le 1er février 1945, on déclara 4028 détenus, le 28 février 1945, 5863 ; le 13 avril 1945 enfin 4767. Il y avait donc par moment presque 6000 détenus en même temps dans le camp de concentration extérieur de Hersbruck10. Cependant, comme au moins 30 personnes environ mouraient chaque jour des suites des conditions d’existence dans le camp, par des exécutions, de faim et de la brutalité des gardiens SS ou des kapos, le nombre total des détenus de Hersbruck s’élevait de façon notable entre 9000 et 950011. Des convois arrivaient de Flossenbürg, Gross-Rosen, Auschwitz et d’autres camps.

Comme chefs de commando du camp de concentration extérieur de Hersbruck exercèrent l’un après l’autre les SS-Obersturmführer Emil Fügner, Heinrich Forster (disparu après 1945) et Ludwig Schwarz. Une partie des gardiens était détachée de l’armée de l’air à la SS, puisque le projet devait servir à l’armement de l’armée de l’air.

Le plus ancien dans le camp était Martin Humm, classé prisonnier criminel, qui dès le procès de Flossenbürg à Dachau fut condamné à mort, mais qui fut gracié plus tard et libéré en 195712. Il y avait des détenus originaires de 21 nations dans le camp de concentration extérieur de Hersbruck, parmi lesquels beaucoup de juifs hongrois. Le camp de l’Amberger Strasse était surpeuplé et avait une infrastructure totalement insuffisante et improvisée. La bourbe et la mauvaise évacuation des matières fécales favorisaient les maladies de toute sorte. Dans les commandos de travail dans les galeries, survenaient sans cesse des accidents dus à des mesures de sécurité insuffisantes ; à l’extérieur des galeries, les détenus souffraient des conditions météorologiques et du travail physique extrêmement difficile lors de la construction de voies ferrées et du transport de matériel de construction.

Dans les quelques mois allant de mai 1944 à avril 1945, les conditions de vie extrêmes dans le camp et au travail dans et devant les galeries coutèrent la vie à environ 4 à 5000 détenus du camp de concentration. Presque un détenu sur deux n’a pas survécu à l’hiver 1944/1945 dans le camp de concentration extérieur de Hersbruck. D’après ce qui est écrit dans les livres de matricules de Flossenbürg, qui par ailleurs ne renseignent pas totalement sur les détenus, 39 d’entre eux réussirent à fuir, et quatre libérations seulement sont justifiées. A cause du grand nombre de morts, la SS fit construire son propre crématoire, de même que fin 1944 les cadavres des détenus furent brulés en plein air.

En avril 1945, le camp de concentration extérieur de Hersbruck fut évacué. Un convoi de détenus malades quitta Hersbruck par le train de marchandises en direction de Dachau, cinq colonnes partirent à pied. L’armée américaine libéra une partie des détenus sur la route de Dachau, d’autres durent de là marcher encore en direction des Alpes avant leur libération. Environ 500 détenus réussirent à fuir durant les marches de la mort, environ 300moururent ou furent assassinés. Parmi les survivants ou bien parmi les détenus du camp de concentration extérieur de Hersbruck devenus plus connus après 1945, dont certains ont raconté leur vie au camp de façon littéraire, il y avait l’écrivain Bernt Engelmann, l’homme politique du SPD Werner Jakobi, le sculpteur et professeur de littérature Vittore Bocchetta, l’écrivain Janusz Krasinski, le résistant italien Teresio Olivelli, le plasticien Georg Hans Trapp et Bernhard Teitelbaum, originaire de Hongrie.

Au procès de Flossenbürg à Dachau en 1946/1947, des hommes de la SS et des détenus qui avaient une fonction furent accusés, d’autres le furent en plus au procès de Hersbruck à Nürnberg, des mineurs et des membres de la direction de la construction. La plupart s’en sortirent avec de très petites peines, furent graciés ou acquittés. Seul le dernier chef de kommando du camp, Ludwig Schwarz, fut exécuté.

Après 1945, les baraquements du camp servirent d’abord de camp d’internement et de camp de réfugiés, avant que le terrain soit partiellement transformé en lotissement. La ville de Hersbruck construisit à partir de 2003 une nouvelle station thermale à l’emplacement de l’ancien camp.

Un premier monument vit le jour dès 1945 sur les restes du crématoire. Aujourd’hui, une stèle sur la Amberger Strasse à Hersbruck et des plaques commémoratives à Happurg aux entrées des galeries murées et inaccessibles rappellent le destin des déportés du camp de concentration. Dans les environs de Happurg, il y a deux monuments aux endroits où des cadavres de détenus du camp de concentration extérieur de Hersbruck furent brûlés. Le monument qui était près du crématoire fut déplacé dans une forme simplifiée sur la rive du lac de retenue de Happurg nouvellement aménagé.

1 Übersicht in: Alexander Schmidt, Eine unauffällige Geschichte.KZ-Aussenlager in der Region Nürnberg, in: Dachauer Hefte 15 (1999), S.153-173.

2 BArch Berlin, NS 4/Fl 393, Bd.1, 845.

3 Aussage Felix Marszalek, in: StA NÜrnberg, Staatsanwaltschaft beim Landgericht Nürnberg-Fürth 2637 Ia, S.29 R t; Elmer Luchterhand, Das KZ in der Kleinstadt, Erinnerung einer Gemeinde an den unsysrematischen Völkermord, in: Detlev Peukert/Jürgen Reulecke (Hrsg.), Die Reihen fast geschlossen, Beiträge zur Geschichte des Alltags unter dem Nazionalsozialismus, Wuppertal 1981, S.437 ff. (Interview mit Elli E. zur Unterbringung im Gasthof Schwarzer Adler).

4 Zeugenaussagen im Ermittlundsverfahren der deutschen Justiz zum Hersbruck-Prozess 1950, in: StA Nürnberg, Staatsanwaltschaft Nürnberg-Fürth, 2637 Ia, S. 42f., 90 R-92R, 100-100 R.

5 Übersicht Forderungsnachweis Juli 1944 in: BArch Berlin, NS 4/Fl 393, Bd.2, S.925.

6 StasdtA Hersbruck. Ordner NS 2 (Aussenlager des KZ Hersbruck).

7 Hans-Friedrich Lenz, Sagen Sie Herr Pfarrer, wie kommen Sie zur SS ? – Bericht eines Pfarrers der Bekennenden Kirche über seine Erlebnisse im Kirchenkampf uns als SS – Oberscharführer im Konzentrationslager Hersbruck, Giessen/Basel 1982, S. 97.

8 Pläne bei Gerd Vanselow, KZ- Hersbruck. Grösstes Aussenlager von Flossenbürg, Hersbruck 1992, S. 28 f; Lenz, 
Sagen Sie Herr Pfarrer, S.160 ; Gerhard Faul, Sklavenarbeiter für den Endsieg. KZ Hersbruck und das Rüstungsprojekt Dogger, Hersbruck 2003. S. 68-71 ( Luftbild S. 71).

9 So die Aussage von Hans – Friedrich Lenz, in: StA Nürnberg, Staatsanwaltschaft beim Landgericht Nürnferg-Fürth, 2637 XXVI, S.148.

10 BArch Berlin, Bestand ehemaliges ZStA, Dok/K 183/11, S. 61 und 114; Toni Siegerr, Das Konzentrationslager Flossenbürg. Gegründet für sogenannte Asoziale und Kriminelle, in: Martin Broszat/Elke Fröhlich ( Hrsg), Bayern in der NS-Zeit, Bd. 11, München/Wien 1979, S.452.

11 Die Todesrate nennt Lenz, Sagen Sie Herr Pfarrer, S.131.

12 Zeugenaussage Martin Humm, in: StA Nürnberg, Staatsanwaltschaft beim Landgericht Nürnferg-Fürth, 2637 Ia, S. 241 – 253 R; Faul, Sklavenarbeiter, S.78.

Literatur

Vittore Bocchetta, Jene fünf verdammten jahre. Aus Verona in die Konzentrationslager Flossenbürg und Hersbruck; Lage 2003.

Gerhard Faul, Sklavenarbeiter für den Endsieg. KZ Hersbruck und das Rüstungsprojekt Dogger, Hersbruck 2003.

Alexander Schmidt. Das KZ-Aussenlager Hersbruck. Zur Geschichte des grössten Aussenlagers des KZ Flossenbürg in Bayern, in : Dachauer Hefte 20 (2004), S. 99-111.

Gerd Vanselow, KZ. Hersbruck, Grösstes Aussenlager von Flossenbürg, Hersbruck 1992.

Alexander Schmidt

Extrait de l’ouvrage de Wolfgang Benz et Barbara Distel « Der Ort des Terrors » p.130 à 134

Traduit de l’allemand par Nadine Goujon le 10/03/2013

Bulletin d'adhésion

Remplissez le bulletin d’adhésion à l’association des Déporté.e.s et Familles des Disparus du Camp de Concentratoin de Flossenbürg & Kommandos.

Télécharger le bulletin