Le 8 mai dernier, Denis MEIS, président de notre association, a fait le déplacement jusqu’à Hradischko afin de participer à la cérémonie marquant le 81e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945, lors de laquelle il a eu l’honneur de prendre la parole.

Madame la Maire, Monsieur le Consul de France, Mesdames, Messieurs,
C’est avec beaucoup d’émotions que je me trouve aujourd’hui pour la première fois devant vous, en tant que président de l’Association Française des déportés du camp de Flossenbürg.

Permettez moi tout d’abord, d’avoir une pensée pour Monsieur Michel CLISSON, que certains d’entre vous ont bien connu et qui s’est tant battu pour que la mémoire de cette tragédie se perpétue.

En ce lieu, il y a plus de 80 ans, un Kommando annexe du camp principal a été implanté sur un grand champ de manœuvres SS : deux baraques, 500 déportés espagnols, italiens, russes, polonais, français,… Des conditions de vie épouvantables : le travail dans la carrière, le hallage des bateaux de charbon sur la rivière, le creusement d’un fossé antichar, la construction d’une route pavée.

Comme dans tous les autres camps, l’exploitation des déportés – jusqu’à l’épuisement, la maladie, la mort – a été une constante ici à Hradischko. Comme au camp principal de Flossenbürg, les kapos, triangle vert des repris de justice, ont fait régner la terreur. Mais cette mort lente par l’exploitation au travail n’a pas suffi aux SS.

Devant l’imminence de la défaite et l’avancée des troupes américaines et russes, les ordres de liquider les déportés sont donnés. Les 9, 10 et 11 avril 1945, 43 d’entre eux sont assassinés de sang-froid. Bien d’autres mourront ou seront assassinés durant l’évacuation du camp.
Les rescapés devront, eux, la vie aux partisans tchèques et à la population tchèque qui, dès qu’ils le pouvaient, aidaient et donnaient de la nourriture. Cette population, qui avait subi l’invasion nazie, voyait les conditions de vie des déportés, compatissait et leur venait en aide. Les partisans tchèques bloqueront le train de la mort entre Kaplice et Velesin.

Plus de 260 Français ont été déportés dans ce Kommando, et 58 d’entre eux y sont officiellement décédés. 81 ans après, ceux qui ont vécu ces horreurs ne sont plus parmi nous, et nous — associations, enfants ou petits-enfants — sommes les porteurs de mémoire pour les générations futures.

On peut se demander pourquoi, 81 ans après, continuer à documenter ces faits. Il suffit de regarder autour de nous, en Europe et dans le monde, où des relents du passé refont surface : nationalisme, antisémitisme, homophobie, isolationnisme, racisme… Autant de termes qui font froid dans le dos, tant ils rappellent ce passé que nous ne souhaitons pas voir revenir.

Être présent ici, c’est : remercier le peuple tchèque pour son engagement dans la préservation de ces lieux de souffrance ; s’engager pour un monde libre, démocratique et respectueux de l’humanité ; prendre la parole et ne pas se taire.