L’usine de construction mécanique J.G.Müller & Co créée en 1898 était l’une des entreprises traditionnelles de Dresde dans l’industrie du tabac et produisait des machines à fabriquer des cigarettes. Durant la guerre l’Universelle devint, tout comme bien d’autres entreprises de l’industrie du tabac, une usine d’armement qui montait entre autres des projecteurs, des pièces de moteurs d’avions et de torpilleurs, mais aussi des appareils directionnels et des radios radiogoniomètres, dont les pièces détachées arrivaient d’entreprises spécialisées. L’entreprise exécutait entre autres de grosses commandes pour les usines Junkers. C’est pourquoi beaucoup de travailleurs étrangers furent employés sur les lieux de production ; il y eut le jusqu’à 3000 hommes dans les différents camps de travail obligatoire, et surtout à Dresde 1.

Le 9 octobre 1944, Zeiss Ikon s’installa dans le camp extérieur, 14 Florastrasse dans la vieille ville de Dresde, ainsi que dans celui de l’usine Goehle. C’est là qu’arrivèrent les premières femmes déportées en provenance du camp de concentration de Ravensbrück. L’ensemble des bâtiments se composait à l’origine de deux entrepôts de tabac brut et de différentes annexes construits entre 1883 et 1904 par la SA Jasmatzi et loués par l’Universelle spécialement pour la production d’armement. Le 9 octobre 1944, 500 femmes furent transférées de Ravensbrück au Kommando de l’Universelle. En plus des nombreuses détenues allemandes « asociales », des lettones, des russes, des serbes et des tchèques. Un autre convoi de 200 femmes arriva de Ravensbrück le 19 janvier 1945 à Dresde, parmi elles beaucoup de détenues politiques et des « tziganes ». Quelques transferts arrivèrent de Neurohlau à Dresde ; des renvois de une à cinq femmes dans le camp d’origine Flossenbürg eurent lieu en décembre 1944 et en Janvier et Février 1945. Pour les détenues retransférées, il s’agissait d’une part « d’asociales » allemandes et de «  détenues protégées » qui furent remises en liberté ou obtinrent un congé et d’autre part de deux femmes russes qui furent déplacées à Flossenbürg en vue d’un « traitement d’exception », c’est-à-dire pour être exécutées 2. Les femmes devaient, par équipes, construire ou contrôler des régulateurs pour moteurs d’avions 3. Les exigences de la Kommandantur de Flossenbürg expliquent l’ampleur de la mobilisation (pratiquement constante) du travail obligatoire. Le 9 octobre 1944, premier jour de travail, furent enregistrées 485 ouvrières, les chiffres oscillèrent jusqu’à la fin de l’année entre eux 462 et 492 femmes. Toutes les détenues devaient travailler du lundi au samedi ; le dimanche de 15 à 45 d’entre étaient obligées de travailler 4. Le bureau central de Ludwigsburg a fourni des appréciations très variées sur l’hébergement, la façon d’être traitées par les gardes SS et le personnel civil, ainsi que sur la nourriture. La plupart des femmes interrogées étaient des détenues allemandes ou autrichiennes, pour qui la nourriture était insuffisante mais le reste en général supportable. Des « tziganes » allemandes et des femmes témoins de Jéhovah estiment que le camp extérieur de l’Universelle de Dresde était mieux que d’autres lieux de souffrances. La plupart des femmes étaient logées dans un bâtiment de l’usine de la Florastrasse dans les deux étages supérieurs et devaient travailler dans la cave et au rez-de-chaussée. Une partie des femmes logeaient dans un baraquement situé sur le terrain de l’usine, elles travaillaient – tout comme celles logées dans l’usine – dans un atelier dans la Zwickauerstrasse 5. La plupart des déclarations parle de mauvais traitements et de punitions infligés par les gardiennes SS, mais jamais d’homicides de détenues par le personnel de garde.

Des SS de Flossenbürg furent détachés à Dresde pour surveiller le camp extérieur qui n’était pas protégé par une clôture. D’après les déclarations de l’ancienne surveillante Margot M. des travailleuses de l’Universelle durent prendre part à la formation de « chef de groupe de travail » ; la formation de quatre semaines eut lieu en août 1944 dans le camp extérieur de Holleischen. Parmi les gardiennes en chef en activité au Kommando de l’Universelle sévissait Charlotte Hanakam, décrite comme brutale, et à partir de fin novembre 1944 Ida Guhl, qui avait exercé auparavant aux Kommando de Dresde-Reick. Charlotte Hanakam et Margot Mehnert furent condamnées en Février 1946 par la cour d’assises de Dresde à cinq ans et quatre mois de réclusion 6. L’enquête révéla que le SS chef de groupe, Erich Gerhard von Berg, accusé par le bureau central de l’administration judiciaire du Land à Ludwigsburg était chef du Kommando du camp extérieur de Dresde (Bernsdorf) et qu’il devait, d’après ses propres déclarations, contrôler le ravitaillement des détenues et faire les comptes avec les entreprises y compris pour les autres Kommandos de Dresde. C’est ainsi qu’il signa une plainte contre une gardienne en tant que chef de Kommando du camp extérieur de Dresde (l’Universelle)

C’est également de façon concordante que les femmes parlent des bombardements qui détruisirent presque entièrement l’usine et les bunkers de la Florastrasse lors d’une grande attaque aérienne sur Dresde le 14 février 1945 et tuèrent la plupart des femmes. D’après des témoignages, les survivantes était entre 9 et 150. On ne peut pas donner de chiffres plus précis des victimes ; dans les livres de matricules de Flossenbürg aucune des femmes n’est mentionnée décédée durant la période en question, ce qui ne correspond pas avec certitude la réalité. Une classification propre aux firmes des membres adhérents du 26 mars 1945 fait état pour ce jour de 685 détenues qui, à la même date, sont déclarées « libérées ». Ces données reflètent, tout comme les 679 femmes indiquées dans le dernier état des forces du 13 avril 1945 plutôt une liquidation progressive du camp dans l’optique des entreprises et de la Kommandantur que la réalité.

D’après un témoignage, le chaos qui suivit l’attaque aérienne permit non pas à peu de détenues mais à 150 de prendre la fuite 7. Quatre femmes furent reprises et transférées au camp extérieur de Freiberg, mais elles purent tromper un vigile et s’enfuir. L’ancienne détenue Elise D. raconta que, profitant de la confusion générale, elle avait pu fuir avec cinq autres femmes allemandes, parce que des camions arrivés tout exprès devaient regrouper des travailleurs étrangers, mais seulement russes et polonais. Elles se présentèrent au commissariat de police à Ottendorf et des SS les conduisirent au camp de Radeberg. C’est là qu’elles furent libérées en mars 1945 8. Après l’attaque aérienne, quelques femmes trouvèrent refuge d’abord dans la banlieue de Dresde chez des ouvrières qui les nourrirent et leur donnèrent des vêtements 9. Plusieurs femmes furent blessées au cours de l’attaque et furent prises en charge plus tard par les hôpitaux de Dresde et des environs. Malgré des dégâts matériels considérables, les femmes qui se trouvaient dans la Zwickauerstrasse lors de l’attaque, restèrent indemnes dans l’abri anti aérien. Moins de 100 – 63 d’après une déclaration – 84 d’après d’autres informations – furent conduites par la vallée de L’Elbe vers le sud au camp extérieur de Mockethal – Zatzschke 10. Il semblerait que quelques femmes y furent abattues. Quelques semaines plus tard, la gardienne SS voulut envoyer les femmes à Pirna ; la marche fut cependant mitraillée.

L’usine de fabrication de machines, l’Universelle, continua après la guerre sous le nom de VEB Tabakuni, mais le bâtiment du 14 Florastrasse n’existe plus. Le parquet de Würzburg cessa ses enquêtes en juin 1978.

1- VEB Tabakuni Dresden, Betriebschronik-Faktenmaterial,S.1, in : Sächs.HStA Dresden, 11683, Universelle – Werke J.C. Müller & Co. Dresden,Nr.35.

2- Rücküberstellungen von Aussenlagern nach Flossenbürg, in : CEGESOMA, Mikrofilm14368

3- Ausage Josefa A;,29.6.1967, in : BArch Ludwigsburg, ZStl.IV 410 AR-Z 101/76.

4- Monatliche Forderungsnachweise der Kommandantur Flossenbürg Abt.( Arbeitseinsatz) an die Universelle Maschinenfafrik J.G. Müller & Co., Dresden für Oktober bis Dezember 1944, in : BArch Berlin, 4/Fl 393, Bd.2.

5- Einstellungsbescheid der Staatsanwaltschaft Würzburg vom 15.6.1968, in : BArch Ludwigsburg, ZStl.IV 410AR-Z 101/76

6- Mitteilung se Generalstaatsanwalts im Lande Sachsen an den Betriebsrat de Universelle, 25.2.1947, in Sächs.HStA Dresden, 11683, Universelle – Werke J.C. Müller & Co. Dresden,Nr.35.

7- Aussage von Cecilia L., 9.10.1970 in : BArch Ludwigsburg, ZStl.IV 410 AR-Z 101/76.

8- Aussage Elise D., 28.10.1976, in : ebenda.

9- Kopie einer entsprechenden handschriftlichen, undatierten Erklärung von Marianne L., «  Angestellte im KZ – Lager Florastr. », in : enbenda.

10- Aussage Frieda B., 5.2 .1970, in : ebenda.

Littérature

Rita Sprengel, Der rote Faden, Lebenserinnerungen, Ostpreussen, Weimarer Republik, Ravensbrück, DDR, Die Wende, Berlin 1994.

Hans Brenner, KZ-Zwangsarbeit während der NS-Zeit im Dresdner Raum, in : 4. Kolloquium zur dreibändigen Dresdner Stadtgeschichte 2006 vom 18.März 2000, hrsg. von der Landeshauptstadt Dresden, S.53-62

Ulrich Fritz

Extrait de l’ouvrage de Wolfgang Benz et Barbara Distel « Der Ort des Terrors » p.92, 93, 94,95

Traduit de l’allemand par Nadine Goujon le 06 décembre 2012.

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